Les Patients

de Jacques Audiberti

mise en scène par Chloé Donne

 

au

Théâtre du Nord-Ouest,

13 rue du faubourg Montmartre, Paris 9°

theatredunordouest.com

Résa: 01 47 70 32 75

 

Dates

mercredi 21 mai 20h. 45

vendredi 23 mai 10h.

mercredi 28 mai 19h.

samedi 31 mai 17h.

meercredi 4 juin 17 h.

vendredi 6 juin 16h. 30

samedi 7 juin 14h. 30

jeudi 12 juin 20h. 45

samedi 14 juin 17 h.

 

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Les Actes du Colloque

"Audiberti: chroniques, romans et théâtre"

qui s'est tenu à la Sorbonne nouvelle le 5 novembre 2006

sous la direction de Jeanyves Guérin

sont parus aux édtions Le Manuscrit

20 rue des Patits-Camps, Paris 2°

disponibles aussi sur internet, Manuscrit.com

 

Contributeurs:

Jeanyves Guérin, avant-propos

Nathalie Froloff, Audiberti à la N. R. F., note et digression

Marc Dambre, Audiberti à La Parisienne

Nelly Labere, point de croix ou point de cercle, Abraxas et la géométrie de l'absolu

Pierre Vilar, un roman acépahale, La Nâ

Yannick Hoffert, le théâtre d'Audiberti et le catholicisme

Nathalie Macé, l'écrivain dans quatre pièces d'Audiberti

Elizabeth Le Corre, Pucelle et Boutique fermée: construction et déconstruction d'une légende

Hélène Laplace-Claverie, Ondine, Opéra parlé: deux fééries réalistes?

 

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Bâton et ruban de Jacques Audiberti        

 Dans cette pièce, Bâton et ruban, publiée en 1962 dans Théâtre V, Gallimard, Audiberti s'attache au personnage de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, maréchal de France, « commissaire général des places fortes, dont il construisit trois cents, chiffre officiel ».             

Audiberti saisit « ce marquis de Carabas de la fortification internationale » à la toute fin de sa vie. Vauban a soixante-quatorze ans. Il espère la visite du roi Louis XIV dont il a été le protégé, le conseiller et le vaillant stratège, « construisant citadelles et places fortes que les caprices de la diplomatie lui commandaient ensuite d'enlever ». Le roi ne peut l'abandonner. Mais entre temps il y a eu la bombe que représente La Dîme royale, opuscule de Vauban dans lequel celui-ci s'attaque aux privilèges de la noblesse, et le maréchal est en disgrâce.           

  Cette comédie abondamment documentée retrace le parcours édifiant du célèbre architecte du roi, sans oublier ses combats, son mariage, ses femmes, jusqu'à la confrontation finale. L'écriture poétique et truculente d'Audiberti sert ici une figure à laquelle l'auteur, né à Antibes, ville cernée par les remparts de Vauban, est particulièrement attaché.             

Nous publions ici un extrait de cette pièce qui prend toute son actualité en cette période du tricentenaire de la mort de Vauban. `

 

 

VAUBAN, dictant. – en liaison avec la cochonnerie, par l'entremise des glands, nous examinerons les avaqntages des forêts. Il se trouve assez de gens qui possèdent de mauvaises terres de mince rapport, qu'ils pourraient avec profit couvrir de forêts, attendu que, la première dépense faite, le surplus de la mise ne consisterait qu'en des entretiens… Vous suivez, monsieur Ragot?

RAGOT. – Qu'en des entretiens… Vous voulez dire des soins?

VAUBAN, péremptoire. – … Des entretiens, ce qui procurerait par la suitte un bien inestimable, le fonds conservé sans aucune perte portant un intérêt continu qui ne serai exposé qu'à la négligence du propriétaire. il faudrait lui laisser la jouissance de ce fonds et ne point… et ne point…… sous prétexte que la marine en a besoin, ou la sculpture, priver une famille du bois de la forêt , pourvu que les affaire du roi n'en souffre pas… Une entreprise ne fût-elle que de cent arpents ne manquerait pas d'être fort honorable, qui, dès les quinze premiers mois, rembourse la dépense si l'on fait le coup en bois de moule…

RAGOT.– En bois de moule? Vous maintenez?

VAUBAN. – En bois de moule… parfaitement… Quoi? Non?… Tel qu'on en voit sur les ponts de Paris, qui se vend d'ordianire quarante-cinq cinq à cinquante francs l'arpent, pris et débité sur les lieux aux frais du marchand. Vous rechignez. Consteteriez-vous ces prix?

RAGOT. – Monsieur deVauban, comment songerai-je, moi cafard, moi hanneton, comment songerai-je à vous quereller à propos de quelque industrie humaine que ce soit! Je me permets, sans plus, de vous souligner le contradictoire entre l'extrême nouveauté de vos vues et la vieillerie souvent barbare et rebutante de votre langage. Votre bois de moule, on l'appelle bois de chauffage en rendant mieux l'idée. Quant à nommer cochennerie la manière la plus experte et la plus rentable d'élever les pourceaux et les truies, il me surprendrait que nul n'en sourie.

VAUBAN. – Monsieur Ragot, mon bien cher ami, j'écris, que voulez-vous! comme mon père parlait. Je ne me pique point d'éloquence et seulement de rendre service en exposant de simples vérités. Mais je m'aperçois que la compagnie d'un bonhomme enrhuamassé comme un tuyau de gouttère n'a rien de pétillant. Prenez le colmaçon, et rentrez dans votre réduit.

RAGOT. – Ne vous formalisez pas.

VAUBAN. – Vous comprenez, je tenais à compléter ce goupllion sur les forêts, pour ne laisser derrière moi le moindre lézard sans queue. Mettre en ordre les écritures de toute une vie, quelle affaire! Figurez-vous que je retrouve la correspondance dans les catégories les plus imprévues, comme ces deux lettres, tenez! qui se promenaient entre les pages de mon mémoire sur les camps retranchés ambulants des cosaques. Rangez ces lettres, s'il vous plaît, dans la cassette que vous savez.

RAGOT. – Nous n'y arriverons jamais.

VAUBAN. – Quoi?

RAGOT. – Je me calque sur votre goût pour les agissements organisés. Je vous répète que nous devrions choisir. Ou bien nous classons ou bien nous écribouillons. Mais vous feriez mieux de vous apprêter.

VAUBAN. – Monsieur Ragot! Monsieur l'abbé Ragot! (en colère:) Je suis sébatien Le Prestre… (Il prononce toutes les lettres.) Il m'arrange mieux d'articuler "Le Prestre" que "Le Prêtre", car je n'en suis pas un, et d'ailleurs vous non plus malgré votre collet… Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, seigneur de Pierpetuis, Pouilly, Cervin, la Chaume, Vauban…

RAGOT. – … et Bazoches, votre château.

VAUBAN. – Je n'y retournerai jamais. Une aile chacune, mes filles se le partageront. A Bazoches, dans la galerie, du temps de ma femme, je mettais mes plans à sécher, comme des draps. Mais où voulais-je ne venir?

Il tousse interminablement.

RAGOT. – Vous tempétiez comme mon outrecuidance à vous contrarier.

VAUBAN. – Ne… Ne m'en veuillez pas.

Tousserie.

RAGOT. – Monsieur, vous parlez trop.

VAUBAN. – Je ne parle pas trop. Je tousse trop. Depuis qu'elle est morte, ma femme, elle commence à se dégeler, mais, avant, ce qu'elle était froide, froide, à vous friser l'extrémité des doigts!

RAGOT. – Je crois bien qu'en vous séaparant vous vous exposâtes fort.

VAUBAN. – En m'en séparant? En me séparant de ma femme?

RAGOT. – Je parle de votre perruque. Couvrez-vous-en.

VAUBAN. – Ma perruque! Je regrette que cette crinière d'apparat ne soit grouillante de poux, ni mouvementée de vermine car je l'eusse fourrée dans mes bottes, tout aussitôt, de leur propre chef, lesquellles la transporteraient loin de moi. Mes bottes, quand j'y pense! Soixante ans que je les traînai, pas toujours les mêmes bottes, d'accord, mais en n'en met jamais que deux en même temps, tout le temps pouillées, la Flandre, trop sèches tout à coup, bouillantes, Saint-Paul-de-Vence, l'été… Vous n'y êtes jamais été? Des palmiers, des citrons, le petit doigt qui ne respire plus. Les pantoufles, désormais, la robe de chambre, l'uniforme du retraité, plus rien qui ne pesât. (Toux.) … Plus rien qui m'étranglât… (Enorme fracas de difficile expectoration.) Tenez… Habillé, harnaché, jamais, jamais je ne me fussions désemcombré de cette huître… J'éclatais. Il me suffit de mettre ma perruque au rancart pour qu'elle me sauvât la vie.

RAGOT. – Il faudrait vous apprêter. Vous avez devant vous une journée plus agitée qu'une nuit de boulanger. Je vous en conjure. Apprêtez-vous.

VAUBAN. – Je vous confie un secret. Quand il venait à la tranchée, le roi dans sa propre perruque découpait des embrasures pour que ses cheveux prissent l'air.

RAGOT. – Vous gaspillez l'air de vos poumons.

VAUBAN; – Vous me traîtez comme si je campasse à la poterne de la mort. Vous savez ce qui me chante dans la mort? J'espère, en quelque localité sublime comme la courtine d'Antibes, j'espère retrouver les goupillons que quand j'étais marmouset, le cheval en bois, le pantin, un certain recueil de cantiques, tout ça fidèle, intact, et puis les figures de ma parenté. Je les revois, comme si déjà… Comme si déjà… (Il tousse.) Un bourgeois l'entend venir, la mort… La mort petit à petit s'achemine dans ses chaussettes, dans sa chemise. Comment me pantèlerait-il point du côté de lui-même quand il était petit? La vieillesse et l'enfantine petitesse se répondent avec symétrie. Sur le terrain, par contre, l'homme en passe de mourir, les souvenirs sur lui tourbillonnent comme des moucherons, quoi? Non? Mais il ne se sent guère en veine de philosopher. A Monmédy, sur cinq ingénieurs qu'au départ nous étions, au bout de six jours je me trouvais seul. Un après l'autre, ils me claquaient dans les bras. La place ne comptait que sept cent hommes.

RAGOT. – Monsieur…Quelqu'un, sûrement, va venir.

VAUBAN. – Il nous en fallut dix mille pour les déloger. Eux nous en tuèrent treize cents. Ils nous en blessèrent cinq cents. Je ne parle que des blessés qui se laissèrent dénombrer parce que les quantités préfèrent courir que l'hôpital, mal tenus et mortels comme ils sont.

RAGOT. – Monsieur, nous ne sommes pas à Montmédy. Nous sommes à Paris, chez vous, rue Saint-Vincent, à côté de Saint-Roch, proche les Tuileries. Vous avez convoqué plusieurs personnes. Surtout, quelqu'un va venir.

VAUBAN, qui ne veut pas entendre.– Par contre, à Brisach, en Alsace, où je commandais l'investissement, l'on me réveilla dans ma bicoque dès la seconde nuit pour m'avertir que les parlementaires me demandaient, à croire que tout s'accomplissait dans un songe, et la place se rendit bel et bien, la place de Brisach, en Alsace.

RAGOT. – Nous ne sommes pas à Brisach. Quelqu'un va venir.

VAUBAN. – Qui? Qui va venir?

RAGOT. – Vous ne vous en doutez pas?

VAUBAN, revenant à sa marotte. – La perruque, je ne me fatiguai jamais de l'attaquer. Quand ces bougreries de perruques s'établirent partout sur les sommets je donnai en exemple, dans ma troupe, les bohèmes qui montraient assez de poitrail pour se cantonner dans le cheveu naturel, si bien qu'on les traîtait de têtes brûlées.

RAGOT. – Monsieur quelqu'un est pour venir. Nul bien ne saurait résulter pour nous du soin que vous mettriez à marchander la souplesse, à liarder sur l'affabilté.

VAUBAN, têtu. – Encore si les perruques, si les écharpes, si les grandes manches de théâtre possédaient la vertu de détourner les balles, les grenades. Quoi? Non? Pensez-vous! Davantage rien jamais ne m'apitoya qu'un officier canardé plein de confiture rouge qui coule sur son magnifique habit.

RAGOT. – Quelqu'un…

VAUBAN. – … Quelqu'un va venir. Vous voulez dire le roi.

RAGOT. – Je n'ai pas dit…

VAUBAN. – Mon cher, vous vous flattez de percer les gens. Si si. Mais là… Ne prenez pas la mouche… Vous vous fourvoyez en imaginant le roi se transportant de Versailles jusque dans mon particulier, de si bon matin, avec cette pluie! Vous me direz que le soleil est au-dessus de la pluie. Je vous l'accorde volontiers.

RAGOT. – Pardonnez-moi, mais…

VAUBAN. – Vous pourrez avancer que le roi coucha hier soir aux Tuileries, c'est-à-dire à deux cents toises, deux cent quinze si vous ajoutez le trajet des escaliers, si bien que, d'un moment à l'autre, couic! il peut être ici.

RAGOT. – Je ne flairai rien qui sentît la présence du roi aux Tuileries.

VAUBAN, démarrant sur le mot"Tuileries". – Tuileries… Tuileries… La paille, chez nous, coiffait la maison. Mon père ne trouva jamais le moyen de faire poser des tuiles. La paille, de vous à moi, l'emporterait sur les autres couvertures parce qu'elle entretient dans les greniers une tiédeur bonne pour les pommes, pour les céréales, sans compter qu'elle ne revient pas cher. Quoi? Non? Maintenant, si j'y soucsris, la paille redoute le feu, la charogne, les vers.

RAGOT. – Votre perruque, Monsieur.

VAUBAN, passant outre. – Les tuiles dans mon pays, du côté de Dijon, flatte la vue, Djion, Chalon, par la diversité des couleurs qu'on dispose par compartiments. Du vernis les protège de la pourriture. Mais elles coûtent gros.

 

 

 Pour une lecture scénique ou une représentation théâtrale de cette pièce, prière de s'adresser à

madame Marie-Louise Audiberti, Association des Amis de Jacques Audiberti, amisdaudiberti@wanadoo.fr

ou à monsieur Alain Monferrand, Président de l¹Association Vauban, contact@vauban.asso.fr