Ange aux entrailles (1964)
Audiberti,
dans son dernier recueil constitué de textes divers dont
certains de poèmes très anciens remaniés,
célèbre de grandes figures de la littérature
française (Molière, Hugo, Fargue, Aragon, Cocteau...),
chante l'amour et la souffrance. Il chante aussi les deux cités
d'Antibes et de Paris. Quelques pièces rappellent qu'il
poursuit une réflexion mystique et philosophique dans
l'écriture poétique. Il réussit à donner
à chacun des quarante-trois poèmes annoncés un
accent qui lui est propre.
XLIII
Bannir la
mort
Rien ne sombre, rien ne tombe.
L'acte fend
l'éternité.
Nulle tombe si profonde
ne défend
d'avoir été.
L'heure passe. Dans l'espace
sa
besace elle répand.
Rien n'efface chaque trace
de limace
et de serpent.
L'intacte bosse compacte
de membres comme des
vers,
tant de souples, tendres couples
que ligote un sac de
nerfs,
je la force sous l'écorce.
Mille ans plus tôt
je saisis
l'acropole d'une épaule
dans les coussins
cramoisis...
Plongez le dur bois d'os dans ce qui se démène
dans
l'énorme chaudron.
Tournez la chair humaine et la chose
inhumaine.
Un jour ils reviendront.
Il reviendront un jour les
jour d'avant les âges
qui ne reviendront plus.
Ils
reviendront, blocs brefs de fugaces présages
d'avance
résolus.
Mais le corps d'une femme et l'antique
Florence
qu'emplit le verbe fort
ne vivront que l'instant de
berner la souffrance
et de bannir la mort.
Toujours,
rééd. Poésie/ Gallimard, 1981, p.193.