L'Empire et la trappe (1930)
Premier recueil, publié à compte d'auteur, ce livre est arrivé sur le bureau de Jean Paulhan à la N.R.F. par les soins de deux lecteurs vigilants, Jean Cassou et Valery Larbaud. L'auteur fut orienté, grâce à eux, vers des revues influentes avant de publier régulièrement chez Gallimard. Comme le titre l'indique, le personnage de l'Empereur, (Napoléon) guide la problématique du livre, dans lequel les tentations de l'Empire - c'est-à-dire de la chair, de la matière, se heurtent à la dimension spirituelle de l'homme - à l'appel du divin. L'aventure de l'incarnation se déploie ici comme un drame épique et lyrique qu'Audiberti interrogera tout au long de son oeuvre.
A
Victor Francen.
J'ai
fait, sur les confins d'Hercule et de la terre,
Une étonnante
carrière de solitaire.
Ce soir mes sens régit à
la façon du shall
Qui fut, sur l'archevêque et sur le
maréchal,
Comme un ciel exhalant le coiffeur et la
mangue.
Les fonds de l'océan sont d'un mauve de
langue
Créole... L'air un goût que je connais
déjà
M'offre, de focs renflés où du
poivre neigea,
Contre un mât douloureux tramé
d'itinéraires.
Ah ! les îles, avec leurs splendeurs
usuraires
Et tout ce qu'elle vont incorporant, d'effroi,
Au
mâle de qui l'ombre autour de lui décroît
Dans
l'odorant midi dont rien ne le distingue
Plus... Sur ces bords
que le madrépore bastingue
Je vois, dans un fouillis
médical (de coraux,
D'éponges) fomentant l'image du
héros
Comble d'organes nus, poreux à toute
vie,
Pressé de doigts, chaos visqueux où se
convie
Un Neptune ferré qui, dense, d'un boulet
A, lui,
la forme auguste où la raison se plaît,
Je vois se
combiner des abats militaires
A de prognathes mélusines...
Délétères,
Tendres îles !...
L'Empire
et la trappe, 1930, p. 7, rééd. Gallimard, 1969, p.
8.