Toujours (1943)
Avec
Toujours, Audiberti semble avoir trouvé ce qu'il
attendait de la poésie. Un équilibre est atteint entre
l'exigence spirituelle et la représentation incarnée du
monde matériel. Le décor méditerranéen
joue un rôle essentiel. Le poète se laisse aller à
une réconciliation avec l'enfance. Dans un style ample et
léger, solidement appuyé sur des mythes revendiqués
et traités avec familiarité, le personnage qui parcourt
l'univers n'est plus réduit à l'angoisse existentielle
d'un individu tourmenté. Il a traversé la souffrance,
raconte cette unique aventure, toujours la même, et trouve dans
sa culture et dans son discours la solution métaphysique qu'il
appelait.
Patrie
[...]
Mais
la maison première où je compte mes villes,
le
causse de Gramat assises tout autour,
pour coiffe la tour Magne et
le pied dans les vignes,
je m'y change en clocher de Rodez de
l'amour.
O ma midie! O midivine! 0 belle vie!
Le Tibet et les
cieux ne s'escampent de toi.
Ils accueillent au pur de ma tête
qui prie
la cévenne taillant les paliers du patois.
Entre
l'Agde et l'Aubrac et de l'Alpe à l'Ariège
l'anchoyade
du gouffre unit l'ombre de moi.
L'antiboulant cyprès, bien
plus noir que la neige,
émerge.
Un fils d'une nature, il
est son roi.
Toujours,
1943,
rééd.
Poésie/ Gallimard, 1981,
p.168.