Vive Guitare (1946), La Pluie sur les boulevards (1950), Rempart (1953), La Beauté de l'amour (1955).
A
l'exception de Vive Guitare, qui affiche une orientation
nouvelle de la poésie vers la chanson, l'ensemble de ces
publications confirme l'attachement à la vocation poétique
de l'auteur mais ne reflète pas une évolution, dans la
mesure où la chronologie éditoriale masque la date
réelle de leur écriture. La Pluie sur les
boulevards, poème épique et hermétique de
«douze cents vers», s'inscrit fort justement entre
L'Empire et la Trappe et Race des Hommes . Rempart
et La Beauté de l'amour constituent deux tentatives
formelles différentes de tout ce qui précède
(mais restent versifiés), ont écrits dans le cadre
d'Antibes, vers 1943. Dès lors, Audiberti sait qu'il écrira
toujours poétiquement, quelles que soient les apparences du
texte.
La Pluie sur les boulevards
[...]
L'ampère
chamarré fils du lunisolaire,
vibrait de révérence
à ce qui le tolère
et, morts le stade et l'hui, sur
nos louches raglans
escortait, au cimier du désert des
beuglants,
de la natale mer la fibre qui nous goûte.
Calme,
la mer, là, donc, ouvrit, goutte après goutte,
sur
le patrice, où tout prétendre se rebût,
inépuisablement
sa ressource, et sans but,
frappant, de longs argents sans yeux
pour les cadastres,
le roux grelottement de notre espèce
d'astres.
La
Pluie sur les boulevards, rééd. Poésie/
Gallimard, 1995, p. 44.
Rempart
La vieille
Il
naquit là dans la carrière
du Saint-Esprit, oui, là
derrière.
Comment vendrait-il des poisons !
Son père
faisait des maisons.
L'enfant, le soir, cherchait des
astres,
comme on prétend que font les pastres,
blancs
petits soleils de ciment
dans les cheveux, noir firmament
du
maître au parfum de chaux grasse
que celui de l'aïl
seul surpasse.
Rempart,
Gallimard, 1953, p. 29